Grève au collège Charlemagne

Environ 95 % des enseignants du collège Charlemagne étaient en grève, hier, pour réclamer des moyens supplémentaires et protester contre le climat de violence qui gagne du terrain.
Ils étaient une cinquantaine, peut-être même un peu plus, assis tels des élèves studieux, hier matin. Beaucoup avaient le regard vide, cet air désabusé qui témoignait d'un quotidien qu'aucun de leurs collègues enseignants ne saurait leur envier. Ils sont profs ou surveillants au collège Charlemagne de Laon, un établissement classé en Zep (zone d'éducation prioritaire) où, selon eux, l'ambiance se dégrade d'année en année.
D'emblée, l'un de ces enseignants assène : « on a l'impression que le réflexe de la violence se généralise. Que les élèves attaquent avant d'avoir eux même été attaqué… ». Le ton est donné.
Devant eux, quelques représentants syndicaux, à l'instar de Sébastien Chever (Snes-FSU), Sandrine Leroux (SUD) ou encore Françoise Carème (représentante du personnel au conseil d'administration) et Vincent Cortot (conseiller principal d'éducation) tentent de mettre des mots sur leurs maux.
Ainsi, d'emblée, le même Vincent Cortot apporte une explication « technique » : « Il y a un manque de moyens humains de plus en plus criant », dit-il avant d'égrener quelques chiffres, « en 2006, 11 personnes étaient affectées à la vie scolaire (surveillance) pour 810 élèves ; aujourd'hui, alors que l'établissement compte 833 jeunes, nous n'avons plus que 9 surveillants. Cherchez l'erreur ! ».

Bases saines

Des surveillants qui n'ont pas pour seule mission de tourner dans la cour ou de prévenir les incidents à la sortie des classes. On les retrouve d'astreinte pour bien d'autres tâches et, au final, ils ne sont plus que deux ou trois à assurer réellement cette mission
d'observation pourtant essentielle si l'on se réfère aux incidents et aux agressions survenues ces derniers mois :
« Deux jeunes ont dû être hospitalisés pour traumatismes crâniens », s'emportent une jeune femme dans l'assistance, « lorsqu'ils se bagarrent, ce n'est pas du cinéma. Les coups pleuvent et même nos surveillants ont du mal à en venir à bout parfois. On ne compte plus les insultes, cas de bousculades qui se terminent par une entorse ou un poignet cassé. Dernièrement, un élève a même voulu mettre le feu à la chevelure de l'une de ses camarades avec un briquet… ». Les exemples se compteraient ainsi par dizaines.
Pour Sandrine Leroux et ses pairs, il est urgent de revenir sur des bases saines, « en réglant ce problème de moyens humains tout d'abord, mais aussi en imposant une vraie sévérité en réponse à tous ces actes… ».

Urgences

Sévérité. Le mot est lâché et dans l'assistance, personne ne s'en offusque, au contraire. « Actuellement, on a l'impression que les sanctions infligées sont trop clémentes et arrivent bien souvent trop tardivement après les faits. Résultat : le sentiment d'impunité gagne du terrain de jour en jour ».
Un sentiment que partagent également de nombreux parents d'élèves qui, on les comprend, aimeraient pouvoir confier leurs enfants à l'Education nationale sans terminer leur journée aux urgences.
C'est ce malaise que les grévistes entendaient aborder avec l'Inspection académique hier soir.
« Evidemment, si aucune réponse ne nous est apportée, il est plus que probable que nous réitérerons ce mouvement », ont-ils déjà prévenu.
Nicolas Fostier, l'Union, le 14 décembre 2007